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Les cadres de l’expertise à l’épreuve des expositions aux faibles doses (FADO)

Financement : ANR (Appel d'offres SEST 2007)
Coordination : Soraya Boudia
Partenaire : GSPR

Dans le déploiement des controverses à caractère scientifique et technologique, comme dans les transformations des modalités d’expertise scientifique, le problème des risques liés aux expositions professionnelles et environnementales aux faibles doses n'a cessé de gagner en importance. À la source des conflictualités auxquelles ces expositions donnent lieu, figurent les multiples incertitudes liées à leurs effets et aux modalités de leur évaluation. Ces incertitudes ne sont pas endogènes à la communauté scientifique mais régulièrement questionnées dans des arènes publiques. En retour, leur mise en visibilité dans le cadre de débats entre experts est un facteur amplificateur de controverses et d’installation de l’incertitude dans l’espace public.

Si le problème des faibles doses est aujourd’hui investi d’enjeux multiples, les questions qui le sous-tendent ont une longue histoire qui contribue largement à façonner sa conception et les modalités de son traitement contemporain. Les modes d’existence des dossiers dans des milieux d’expertise comme dans l’espace public résultent d’une sédimentation d’actions, de réponses, de configurations et reconfigurations institutionnelles qui s’ancrent dans des dynamiques de long terme dont certaines sont déjà prégnantes dès l’immédiat après Seconde Guerre mondiale. Ces dynamiques tracent des « trajectoires » de longue durée dans lesquelles se produisent, pour la question qui nous intéresse, des situations de risque ainsi que les façons de les analyser et de les gérer. Il apparaît ainsi très nettement que pour comprendre les manières actuelles d’envisager et de traiter le problème des expositions aux faibles doses ainsi que le retour régulier de cette problématique dans les mobilisations critiques, il s’avère essentiel de retrouver, en les historicisant, ces « trajectoires ». Réunissant historiens des sciences et des sociologues, ce programme de recherche se propose de le faire avec trois grands objectifs :

1) retracer l’histoire des outils cognitifs et des processus politiques qui ont installé la problématique des faibles doses dans les modèles et les espaces de travail scientifique des experts et des décideurs. En nous intéressant à un ensemble de dossiers, il s'agit de suivre les manières dont cette question est formulée et traitée, pour mettre en saillance les transformations et les reformulations qu’elle a connues, à la fois dans le temps et dans ses déplacements d’un domaine à un autre.

2) examiner les épreuves publiques que cette question engendre, tant pour les cadres de l'expertise que pour la décision et les politiques publiques. Nous cherchons à comprendre en quoi et comment l’attention aux faibles doses, dans le cadre d’expositions professionnelles et environnementales, a déplacé les manières d'aborder le problème des toxiques et des polluants et a contribué à reconfigurer les modalités d'expertise relatives à ces questions.

3) et enfin, mettre à l’épreuve les outils forgés par les études sociales et culturelles des sciences (science studies) ainsi que ceux de la sociologie.

En mobilisant un ensemble de travaux issus de plusieurs domaines de recherche des sciences sociales, ce projet s'appuie sur l’étude comparative de trois dossiers : radioactivité, perturbateurs endocriniens et nanoparticules. Ces dossiers, dans lesquels la problématique des faibles doses est centrale, couvrent une période longue. En effet, les modalités de formulation des problèmes et de gestion des cas plus anciens influent sur le traitement de nouveaux risques et symétriquement l‚émergence de nouveaux objets d'alerte ou de risque produit des concepts inédits qui conduisent à repenser les cas antérieurs. Sur chaque dossier, qui sera analysé dans une double perspective historique et sociologique, il s'agira de clarifier les jeux d'acteurs et d'arguments en lice et d’identifier ce qui est établi, non discutable, et ce qui reste controversé et incertain. L’objectif est ensuite de procéder à une étude comparative fine que nous souhaitons mener selon trois axes de travail : 1/ L’histoire des modèles dose effet ; 2/ L’expertise face aux faibles doses ; 3/ Les contestations publiques autour des faibles doses.

Mise à jour le Mercredi, 08 Décembre 2010 14:08